Discussion & Débat

Discussion & Débat: La (non)représentation des relations homosexuelles féminines dans la littérature jeunesse et YA

Bonjour les lunars 🌙 On se retrouve avec un petit jour de retard (merci WordPress) pour le 100ème article. Eh oui, déjà 100 articles, j’ai beaucoup de mal à réaliser que nous en sommes déjà là. Et pour fêter ça, j’ai voulu vous proposer un article un peu particulier, et quoi de mieux que le 100ème article pour inaugurer les posts Discussions & Débats. J’avais déjà fait deux posts discussions, un sur le Salon des Imaginales en mai dernier, et l’un sur la rentrée littéraire en novembre.

Mais cette fois-ci, le format change en peu car je souhaite en faire un rendez-vous mensuel, en abordant chaque mois des thèmes divers et variés, actuels et de société qui me touchent particulièrement, et qui ont un rapport avec les livres naturellement. De plus, qui dit Discussion et Débat dit échange. J’espère que ce format vous plaira, et je vous invite de tout coeur à me donner vos avis dans les commentaires afin de favoriser l’échange et le partage.

Et pour cette première, j’aimerais parler d’un sujet qui me tient particulièrement à coeur, et on va parler de queerbaiting et de la représentation des couples lesbiens dans la littérature jeunesse, mais plus particulièrement dans le YA (Young Adult). Je précise cependant que je ne suis pas experte sur le sujet et que je vais surtout lancer le débat, cet article n’a pas pour but d’être un sujet de thèse ou de mémoire donc évidemment il y a des choses dont je ne parlerais pas, mais peut être qu’il y aura une partie 2 si je vois qu’il manque certaines choses ou si par la suite je trouve d’autres éléments à apporter au sujet.

Attention, je vais donner des exemples de livres donc il risque d’y avoir des spoilers

C’est un article qui met venu à l’esprit après ma lecture de Princesse Incognito puis de Maléfices les contes d’Alombrar. Qu’on en commun ces deux titres ? On nous fait miroiter une possible relation F/F qui au final ne vient jamais, pire, elle est étouffée dans l’œuf en apportant comme un cheveux sur la soupe une relation hétérosexuelle. C’est ce qui s’approche le plus du queerbaiting.

Voici la définition du queerbaiting que l’on peut trouver sur le site de Planète Diversité dans leur article consacré au sujet (Très bon article par ailleurs, si le sujet vous intéresse, je vous invite à le lire) :

Le queerbating peut être défini comme une pratique utilisée par des scénaristes ou des producteurs de médias pour attirer l’attention d’une audience queer via « des allusions, des blagues et des symboles homo-érotiques suggérant une relation non-hétérosexuelle entre deux personnages, qui est par la suite réfutée et dénigrée.

Dans Princesse Incognito, il n’est pas spécifiquement dit qu’il y aura une relation homosexuelle entre les deux protagonistes mais il y a pendant une grande partie du roman un flottement où l’on s’imagine et où il semble même envisageable et cohérent que les deux protagonistes finissent ensemble. Mais non, l’autrice tourne autour du pot, hésite et laisse finalement les choses comme elles sont, laissant planer le flou mais en apportant toutefois des allusions quant à une éventuelle romance hétérosexuelle entre l’une des héroïnes et le personnage masculin qui sera peut être développée dans le second tome. Ce que je ne comprends guère, c’est qu’il y a une autre romance homosexuelle entre deux femmes dans le roman, mais extrêmement secondaire, et qui n’est révélée qu’à la fin. Donc visiblement l’autrice n’a pas de problème avec l’homosexualité féminine mais hésite à la mettre au premier plan ? Ou ce flou était voulu de la part de l’autrice, pour nous induire en erreur ? Je ne sais qu’en penser.

Dans Maléfices, la relation est davantage annoncée, car dès le résumé, on nous parle d’un mariage arrangé qui doit avoir lieu entre deux femmes, héritières de leurs royaumes respectifs pour préserver la paix. Or, il ne se passe absolument rien de romantique entre elle, et ce malgré quelques allusions entre deux pages. Pire, elle est « remplacée » par une relation hétérosexuelle dans les deux dernières pages, amenant une romance tirée par les cheveux qui sort de nulle part. Le résumé nous induit clairement en erreur dans cette BD-ci, pourquoi ? Pourquoi nous parler d’un mariage entre deux femmes si au final ça n’a pas lieu ? Pour ne pas choquer les enfants ? Car cette BD est un titre destiné à la jeunesse, donc il est légitime de se poser la question. Or, et là je vais donner un autre exemple, Le Prince et la couturière est également un titre jeunesse, et on y parle de travestissement et de différence et cette BD a par ailleurs obtenu le Prix fauve jeunesse au Festival d’Angoulême l’an passé. Donc pourquoi le travestissement ne choquerait pas et une romance entre femmes si ? Pour moi, cela n’a pas de sens.

Si l’on y réfléchit bien, il y a extrêmement peu de romans et de titres graphiques comportant des romances F/F en littérature de jeunesse et en YA plus spécifiquement. Pourquoi ? Maintenant, on trouve de plus en plus de romans abordant la question de l’homosexualité et des relations entre hommes, mais quand il s’agit de romances entre femmes, le choix est très réduit. Est-ce une peur des éditeurs ou des auteurs ? Ou n’y a-t-il pas le public en France encore ? Ou est-ce les éditeurs qui ont peur que le public ne soit pas au rendez-vous ?

Malgré tout, j’ai lu quelques ouvrages comportant des relations entre femmes, comme Au bout de trois dont je vous parlais il y a peu et qui m’intéressait beaucoup car il traitait a priori ouvertement de l’homosexualité féminine, mais cela reste trop en surface, malgré le fait qu’il aborde la question de l’orientation sexuelle, chose que j’ai apprécié. Dans le même ordre d’idée, on peut citer Bloom into you (qui est décevant à mes yeux) publié chez Kana dans leur collection shojo. Première question, pourquoi shojo et pas yuri ? (le yuri, aussi appelé Girls’ Love, désigne dans la culture populaire japonaise un genre d’œuvres de fiction centré sur les relations intimes entre femmes, qu’elles soient émotionnelles, sentimentales ou encore sexuelles) Car la couverture du manga est quand même assez explicite, on comprend d’un simple coup d’oeil qu’on va parler des deux jeunes filles et pas simplement sur le plan de l’amitié. Si Citrus (une série de manga) est classée en Yuri et Bloom into you en shojo, est ce aussi une question de contenu ? Je n’ai personnellement pas lu Citrus, mais l’indication -16 indique clairement que le manga est réservé à un public averti, contrairement à Bloom, qui reste extrêmement fleur bleue. Donc pour qu’un manga soit classé Yuri, faut-il que ce soit « osé? » Ou est-ce le terme yuri qui pose problème ? En France, les lecteurs/lectrices de yaoi (manga gay) sont parfois un peu montré du doigt ou jugé, est-ce que le yuri bénéfice d’une réputation similaire et Kana a donc préféré affecter le terme shojo à Bloom pour ne pas faire fuir les lecteurs/lectrices ? D’autant plus il y a extrêmement peu de yuri publié en France à l’heure actuelle, cela reflète-t-il un manque d’intérêt de la part des éditeurs ou du lectorat ou est-ce un sujet encore trop sensible ?

Et sinon, que lire quand on cherche du F/F ?

Comme je le disais plus haut, j’ai lu peu d’ouvrages abordant l’homosexualité féminine, mais ceux-là, je vous les recommande à 100%

  • Si loin de l’arbreRobin Benway

Le thème de l’homosexualité n’est pas le point central de ce roman (dans aucun des livres que je vais vous présenter d’ailleurs) car on y parle avant tout d’adoption et de famille. C’est un texte absolument bouleversant, extrêmement juste et bien écrit. C’est une petite pépite, et l’homosexualité d’un des personnages est vraiment bien traitée.

  • DysfonctionnelleAxl Cendres

Premier roman que je découvrais de la regrettée Axl Cendres, et c’est un livre assez particulier, je préfère prévenir. C’est assez déjanté, mais cela correspondant totalement au style d’Axl Cendres, et moi j’ai beaucoup aimé. C’était d’ailleurs mon tout premier livre avec de la romance F/F et je me souviens m’être dit « C’est génial, pourquoi il n’y en a pas plus ? » Encore une fois, l’homosexualité n’est pas au coeur du roman, mais c’est traité avec beaucoup de douceur.

  • Agents Virtu’ellesVirginie Platel

Il ne s’agit pas à proprement parlé d’un YA, et je vous en ai parlé il y a peu dans un article juste ici, donc je ne vais pas m’empancher dessus mais j’ai beaucoup aimé ce premier tome même si la romance est très très peu présente pour l’instant.

  • La Fille dans l’écranLou Lubie & Manon Desveaux

Dernière recommandation et il s’agit d’un titre graphique que j’ai a-do-ré. C’est hyper tendre, hyper touchant et très bien dessiné. La particularité de cette BD, c’est qu’il s’agit d’un titre à quatre mains, donc chaque illustratrice dessine un personnage. Les deux planches se répondent, se complètent et le thème de l’homosexualité est très bien traité.

On arrive à la fin de cet article copieux, je m’arrête ici sinon je pourrais continuer d’écrire pendant des heures, j’espère que ce nouveau rendez-vous vous plait. N’hésitez pas à me donner votre avis sur le sujet par ailleurs, tout l’intérêt de ces articles est de débattre avec vous, d’échanger et de partager 😊

Source

5 réflexions au sujet de “Discussion & Débat: La (non)représentation des relations homosexuelles féminines dans la littérature jeunesse et YA”

  1. Bonjour Anaïs,
    Merci pour ce nouveau rendez vous.
    On en avait déjà parlé par commentaires interposés je crois que je n’ai jamais lu de livres avec un romance FF.
    En faite je dois dire que je fais plus attention au romances en général depuis que je lis ton blog. Je lis, et je lis beaucoup et je lis pour les histoires. Je veux des histoires tout le temps, c’est aussi la raison pour laquelle j’adore le cinéma.
    En revanche bien que la romance soit dans tout ce n’est pas du tout un de mes critères pour savoir si une histoire m’a plus ou non. Le faite que tu le soulignes toujours dans tes posts m’y a fait beaucoup réfléchir. Je parle souvent de toi autour de moi, (au moins 3 fois par semaine) et en particulier du point d’honneur que tu donnes a la romance.
    J’ai dans ma PAL Si loin de l’arbre depuis que tu l’as recomendé et je le lirais en 2020 (j’espère!) j’ai beaucoup aimé d’autres livres sur le sujet LGBT que tu nous as proposés.
    J’avoue qu’on m’a éduqué dans l’amour toujours et que pour moi peu importe qui aime qui. Tant que l’amour est sain c’est de l’amour et du coup je ne comprends pas trop l’appréhension envers des livres qui auraient pour thème des amours du même sexe. D’un autre côté je connais beaucoup de personnes malheureusement qui si trouvent ça étrange voir dérangeant et je trouve ça très dommage.
    Pour ce qui est de la qualification yuri et yaoi je dois avouer que dans mon ignorance je pensait qu’il devait y avoir des scènes explicites pour être dans ces catégories et que j’aurai moi même mit bloom dans le shojo.
    Bon week end et merci encore pour ce nouveau genre de post 🙂 À lundi 🙂

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    1. Merci à toi d’avoir été présente pour ce nouveau rendez-vous 😊
      Eh bien, vois-tu, je n’avais absolument pas fait attention que j’y accordais autant d’importance. C’est en lisant ton message que j’ai réalisé que oui, la romance était quand même importante dans un livre pour moi, parce que si l’auteur/autrice a choisit dans faire une, c’est qu’elle doit servir à quelque chose, et c’est pour ça que j’y accorde de l’importance, au même titre que l’intrigue ou les personnages. Mais je me suis rendue compte que j’y accordais plus d’importance quand il s’agit d’un contemporain, parce que, avec les personnages, c’est un peu l’élément central alors que dans un bouquin de SFFF, si la romance me plait pas mais que le reste est cool, ça peut le faire malgré tout. Mais ton message m’en a fait prendre conscience 😉

      Ca me touche énormément d’apprendre que tu parles de moi si souvent, je suis ravie que le blog te plaise autant, alors merci pour ton soutien sans faille 🥰

      J’espère que tu aimeras Si loin de l’arbre, c’est vraiment un des romans qui m’a le plus bouleversé l’an passé. Je referais d’autres articles avec des titres LGBT donc ça tombe bien 😀

      Je suis absolument d’accord avec toi, je pense qu’on a le droit d’aimer qui l’on veut, ça ne regarde que nous et je rêve d’un monde plus tolérant.

      Pour la question de la distinction yuri, j’avoue que je ne sais pas si des scènes explicites sont un critère ou pas. Mais en tous cas, il y a des yaoi sans scènes explicites, même si pas beaucoup je l’admets

      Très bonne semaine à toi, et à demain 😉

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  2. Article très intéressant ! Je regrette fortement l’absence de couple lesbien dans la littérature en général. On va en trouver dans la romance, mais souvent elle est spécialisée et on met en avant… Alors je sais qu’il y a un couple dans le journal d’une princesse, ce sont deux amies de Mia, l’héroïne, mais cela reste des personnages extrêmement secondaires…

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    1. Merci beaucoup ! Je suis super contente de voir que l’article plaise autant, ça me touche beaucoup et ça me donne envie d’en faire beaucoup d’autres 🙂
      Tu as parfaitement bien résumé les choses, soit c’est dans la romance et donc on parle que de ça, soit c’est extrêmement secondaire. Il n’y a pas de juste milieu, et c’est tellement dommage, surtout quand l’on voit qu’il y a plein de romans avec des couples gays maintenant

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